Bienveillance ou Émancipation ?

Deux mots clés aujourd’hui : Bienveillance ou Emancipation  ?

Cet article cherche à comparer ce que ces deux mots peuvent signifier . Ils sont très connotés aujourd’hui et , de mon point de vue, renvoient à des conceptions très différentes de la pédagogie.

Vous trouverez donc une réflexion sur ce que  la pédagogie Freinet et  la posture du maitre peuvent interroger à partir de ces deux notions.

Un grand nombre de programmes politiques diffuse l’idée que le déficit de la dette publique est  relié à la dépense qu’occasionne un trop grand nombre de fonctionnaires .  L’éducation devient alors une charge pour l’ Etat et non plus un droit au service public pour l’enfant .

Il est donc intéressant pour certains  de mettre dans la lumière des possibilités éducatives qui relèvent d’un service  privé qui offrirait de plus une qualité non présente dans le service public : la bienveillance …

La bienveillance du maitre

Qu’en est-il de cette bienveillance ? Veiller au Bien…

Maria Montessori s’appuie sur cette idée du Bien, relié à sa croyance en Dieu et  parle de la bienveillance du maitre qui est garant de la validité d’un savoir contenu et maitrisé dans ce que le maitre apporte :

  • un matériel scientifique , gradué , que l’enfant utilise dans l’ordre de sa présentation , dans l’ordre de son utilisation et dans l’ordre de son rangement sur l’étagère. Tout est ordonné, tout est prévu pour que cela se passe bien et en silence.
  • de grands récits qui situent et précisent l’évolution du monde et de son histoire et qui servent de référence à la possibilité d’une culture commune. Ces grands récits sont apportés par l’enseignant qui détient le contenu  et  sa gradation : d’abord les continents , puis les mers , ou l’inverse , je ne sais plus , je n’arrive pas à mémoriser dans l’ordre…

Mais ce maitre est bienveillant . Il a mis en place une organisation de classe qui favorise une présentation à chaque enfant  de chaque matériel ; il intervient tout de suite auprès de chaque enfant qui met du désordre et il lui montre gentiment en quoi il se trompe .

Bref, il est omniprésent, il veille à tout et  gère tous les dysfonctionnements, avec bienveillance.

Et cela rassure ! Les parents  pensent que tout est en ordre, que tout est prévu et que donc tout va bien se passer . Et en plus le maitre est bienveillant !

La difficulté d’être enseignant

Cela m’inquiète parce que c’est, à coup sur, la disparition de l’esprit critique à tous les niveaux.

Les enseignants vivent de plus en plus mal leur métier . Ils sont pris en tension entre des commandes institutionnelles de plus en plus  démesurées  ,  énergivores et chronophages : plus de domaines à traiter, plus d’informations à lire , plus de mails , plus de temps sur l’ordinateur pour remplir des tableaux , des inscriptions et plus de réunions. La formation initiale relève de la  peau de chagrin et la formation continue est excessivement portée sur l’usage du numérique et l’évaluation.

Ces enseignants  entendent tout et son contraire au niveau des médias et les parents, qui sont eux aussi  perdus dans ce flot d’informations,  deviennent de plus en plus inquiets et donc de plus en plus exigeants. Ils entendent sans arrêt dire que l’école publique ne fonctionne pas , qu’il y a de plus en plus d’enfants en échec scolaire, que l’autorité n’est plus respectée dans les classes   et que notre pays n’est pas bien classé dans les évaluations PISA .Ils renvoient donc leurs inquiétudes sur les enseignants à qui ils demandent de plus en plus de justification de leurs pratiques.

Bref c’est la cata ! Et je connais un certain nombre de jeunes collègues qui envisagent de quitter l’école publique ou qui l’ont déjà fait .

Alors vive l’école privée , le silence et le maitre bienveillant ?

L’enseignant en pédagogie Freinet

Alors nous , les enseignant qui pratiquons la pédagogie Freinet , que pouvons-nous offrir ?

De la bienveillance , de l’empathie, le développement de compétences psycho-sociales ? Tout ce qui permettrait que la relation soit apaisée et  confiante ?

Est- ce que la confiance et l’apaisement peuvent se construire dans une école qui n’offre pas le projet de l’élève, le respect de la différence et le besoin de questionner , de débattre  de tout ?

L’empathie ne peut naitre que dans le sentiment que chacun se sente reconnu. On en est loin et la parole du maitre, fut-elle bienveillante ou empathique  n’y suffira pas.

L’Émancipation

1 – Le droit de penser par soi même

Si on offrait tout simplement le droit à une éducation reliée  à l’idée que chacun devrait pouvoir accéder au développement de SA pensée,  pour pouvoir choisir en toute connaissance SA vie dans le monde d’aujourd’hui, que je ne trouve pas très bienveillant ,  en lien avec les autres,  qu’ils soient ou non bienveillants ?

C’est bien à ce titre que chacun pourra se sentir reconnu  vraiment. C’est  en faisant qu’on apprend et cela se réalise parfois dans la difficulté et souvent dans l’effort…

Freinet revendiquait la construction de l’esprit critique, le droit à l’émancipation et donc une posture de l’enseignant qui n’est plus celui qui sait mais celui qui accompagne la curiosité de l’élève sur  le monde.

Alors bien sur tout n’est plus dans l’ordre . On ne sait pas toujours comment la journée va se dérouler. Les propositions, les présentations peuvent  être variables et de là peuvent découler des projets ou des recherches individuelles ou collectives, non prévues par l’enseignant.

Et il y a surement un peu de bruit puisque les enfants se parlent, proposent, questionnent, discutent , travaillent en groupes,  se déplacent , utilisent du matériel différent suivant le projet en cours.

Mais chacun avance et coopère avec les autres. L’état d’esprit évolue et cela devient  possible parce que chacun va devoir se transformer un peu et y mettre du sien. C’est sur la base de la confrontation au réel et au quotidien que le respect de l’autre va se construire.

2 – Le droit à une vie de classe coopérative

C’est bien une vie de classe qui est en jeu , qui se construit sur le foisonnement du groupe et sur le respect de chacun par tous .

Le droit se construit peu à peu et petit à petit, ensemble , dans le groupe. Il n’est pas apporté tout fait par le maitre qui sait . Il est en construction permanente. Mais il existe pour chacun.

Chacun peut prendre la parole, dire, interroger, proposer à son niveau et à son rythme et sur tous les sujets. Les recherches sont menées dans tous les domaines , sur la base de l’expression et du tâtonnement expérimental. L’enseignant  est garant de la construction de ce droit  à l’éducation, de ce droit à l’émancipation . Il offre des ressources en fonction de la curiosité déployée  , il relie le questionnement et le rapport aux savoirs, il  n’est pas le détenteur du temps. Se construisent alors des espaces temps pour que les régulations se discutent,  qui permettent à chacun d’exister dans sa différence . Ce n’est pas facile, ce n’est pas certain, ce n’est pas tout prêt.

L’enseignant  n’est pas bienveillant, il est à l’écoute. Il est bien sur respectueux de ses élèves mais il n’est pas le garant de la morale toute faite, du Bien. Il laisse vivre le questionnement sur ce qui construit le droit à la possibilité de chacun . Et du coup, les sanctions, en cas de non-respect du droit reconnu par chacun , sont construites par les élèves. L’emploi du temps est organisé par le groupe en fonction des projets même si l’enseignant garde une place pour le  respect du principe de réalité. Tout n’est pas possible !

3 – Une autre école

Tout cela prend du temps , de l’énergie et  peut décourager parfois. Mais il s’agit bien d’une autre école. D’une école de la vie, de la curiosité, du tâtonnement  et de la réflexion. D’ une école de la liberté de penser et  de la construction de ce qui est commun même si chacun est différent . D’ une école où les savoirs prennent sens dans la vie, dans l’authentique  et du coup peuvent ensuite s’envoler vers la création . D’une école où l’écoute  du maitre offre  la place à l’émancipation de l’élève.

Pas d’ordre, de silence, nécessaires. Ils se construisent mais petit à petit dans le besoin , à un moment donné, pour répondre à une qualité du moment.

Pas de bien- veillance  du maitre mais une écoute et une recherche de dispositifs qui permettent aux élèves de construire leur chemin, ensemble.

L’enseignant Freinet lui aussi tâtonne parce qu’il doit chaque jour s’adapter à chacun, au groupe et aux projets. Il est  garant du respect du Programme , il doit veiller à ce que les élèves puissent atteindre  des Compétences. La différence avec un autre enseignant c’est qu’il sait que, quoiqu’il fasse, tous les élèves ne pourront pas atteindre tous les objectifs du Programme dans l’année.

Il doit donc accepter  que chaque puisse avancer le plus loin possible mais que tous ne suivront pas le même chemin.

Il doit aussi accepter l’idée que l’école ne détient pas tous les accès et que la vie de l’élève lui apporte toutes sortes de compléments. C’est bien à ce titre que la vie peut et doit rentrer dans l’école.

Il doit enfin savoir qu’il n’est pas Dieu…, que tout n’est pas possible et que chacun fait ce qu’il peut , et lui aussi. Il n’y a pas de maitrise complète, de réponse absolue, de recette infaillible. Le doute et l’humilité font partie intégrante du respect du principe d’éducabilité. Mais cela n’empêche en aucune façon le respect de la différence de chacun. Bien au contraire .Cela offre une place à toutes sortes de projets et de places dans la vie, toutes respectables, toutes bénéfiques et pas obligatoirement construites dans un projet scolaire figé et  parfois destructeur .

Pas les mêmes choix, pas les mêmes  résultats…

Alors bien sûr on n’obtient pas les mêmes résultats. Les élèves de la pédagogie Freinet deviennent souvent délégués de classe au collège. Ils posent des questions et cherchent à inventer ou proposer. Ils sont moins « obéissants » puisqu’ils n’attendent pas que ce soit les enseignants qui décident de tout. Ils seront donc peut-être des citoyens moins obéissant eux aussi, qui auraient d’autres visées sur le monde, qui poseraient des questions sur le respect de la  nature, le droit de l’enfant , le service public , la santé et qui refuseraient peut-être que tout cela soit traité comme des produits marchands à vendre ou à acheter…

On peut donc comprendre que certains n’aient pas du tout envie de voir se développer ce type d’état d’esprit. Des contestataires, des désobéisseurs, des perturbateurs, qui ne respectent pas l’ordre établi !

L’école publique ne peut pas se permettre de généraliser le droit à la parole, le droit au débat, le droit à la curiosité, le droit à la différence de point de vue, le droit à la contestation ?

Il vaut mieux rester Bienveillant et donner à l’élève la Bonne direction pour qu’il puisse suivre le Bon chemin… Chacun à sa place et ceux qui décident pourront continuer à  faire évoluer le monde à leur façon.

Une visibilité et des intentions à construire ?

Alors que voulons-nous , nous les enseignants de la pédagogie Freinet ? Nous faire entendre ? Nous faire voir ? Par quels moyens, de quelle façon ?

Est- ce que nous voulons diffuser la nécessité du service public , un droit pour tous ? Ce service public offre-t-il ce droit à une éducation respectueuse de chacun ? Le livret  numérique qui attend nos élèves et va permettre de les ficher depuis la maternelle et toute leur  vie ?

Quelle est notre place dans l’Institution, dans la Formation ?

Où et comment défendre des valeurs  de coopération dans un monde qui se vit dans la compétition ?

Où et comment  défendre le respect de la nature, de la santé dans un monde qui veut le confort, le droit au bien être , aux vacances  pour tous et  à internet partout ?

Quels canaux utiliserons – nous dans les médias , avec quelles intentions et quelle fréquence ?

Des choix qui perdurent

Nous n’avons pas choisi  d’écrire  un livre pour donner des recettes mais,  depuis des décennies ,  nous sommes des milliers  dans des groupes de travail qui se réunissent régulièrement. Nous organisons aussi des temps d’échanges dans des journées départementales, des stages, des Congrès , des Salons.

Et nous sommes toujours dans l’école publique , avec toutes les difficultés que cela comporte. Le choix de désobéir à ce qui est contraire à nos valeurs n’est pas facile à vivre …

C’est bien sur la base de la coopération en groupe que se construit notre chemin et notre réflexion, sans cesse en adaptation avec les élèves d’aujourd’hui, avec la vie aujourd’hui . Ce qui reste permanent c’est notre questionnement : comment construire  ce droit à l’Émancipation ?

Ce n’est pas facile et les questions se multiplient. Nous n’avons pas les solutions toutes faites  mais  nous continuons à chercher  pour que peut-être nos élèves puissent participer à la réalisation d’un monde plus juste et puissent  trouver toutes sortes de réponses.

On peut toujours rêver , surtout quand on n’est pas construit dans l’ordre !

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J’en profite pour vous annoncer la sortie prochaine d’un livre que nous avons écrit à 10 enseignants du groupe Freinet 44,  qui donne à voir nos parcours, nos questionnements, nos doutes et nos différences, une autre  école…

Ce livre s’appelle: Ouvrons des pistes, itinéraire de 10 enseignants Freinet,  Edition du Centre du Travail. Vous trouverez ci-dessus le lien pour obtenir le bulletin de souscription à ce livre passionnant et le commander  avant le 15 octobre ! Sinon vous pourrez vous le procurer au Centre d’histoire du travail à Nantes ou au Salon des apprentissages en pédagogie Freinet qui aura lieu à l’ESPE de Nantes le 25 et 26 novembre 2016.

N’hésitez pas à vous procurer ce livre pour voir à quel point la pédagogie Freinet peut se situer dans la différence, l’échange et la coopération…

4 commentaires sur “Bienveillance ou Émancipation ?

    • Merci à toi Aude.
      Je ne sais pas quelle est la question qui te taraude, celle de la bienveillance, je suppose.
      Elle rejoint celle de l’empathie et bien sur celle de la relation à l’élève.
      De mon point de vue , c’est la moindre des choses d’essayer d’avoir une relation équilibrée avec les élèves…
      C’est le rapport au savoir , à la coopération, au projet, qui permet l’équilibre de la classe parce que c’est le respect que chacun se porte dans l’action et la réflexion qui génère l’écoute et l’échange.
      L’enseignant ne peut pas construire cela tout seul. Ce sont les élèves qui vont le porter et le faire vivre petit à petit , si on les laisse faire.
      Cela demande de la patience…
      A bientôt
      Françoise

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  1. Je viens de relire ton article sur « bienveillance » ou « émancipation » et j’ai envie d’y réagir car je ne trouve pas que ces 2 termes s’opposent de façon aussi tranchée que celle que tu présentes.
    Tout d’abord tu définis la bienveillance comme « veiller au bien » ; ce n’est pas ainsi que je me la représente donc je suis allée chercher ses définitions et j’y ai trouvé :
    – 1) « sentiment pour lequel on veut du bien à quelqu’un » (déjà un bon début pour un enseignant, même si évidemment ce n’est pas suffisant !) ;
    – 2) « disposition favorable envers une personne (en âge…indispensable selon moi en pédagogie : combien d’enseignants réagissent par « c’est moi le maître ici, c’est moi qui sais, tu m’écoutes, point » ; en « mérite » : je n’aime pas trop ce mot, je pense plutôt aux parents défavorisés qui arrivent avec appréhension à l’école et combien il est important de les accueillir avec bienveillance : je vous prends tel que vous êtes, on va avancer ensemble…). ;
    – 3) « mise en valeur de qualités » : cette définition me plaît bien ; un des premiers travails que l’on ait à faire c’est que les enfants croient en eux : tu sais faire toutes sortes de choses et ce que tu ne sais pas faire et bien tu es capable de l’apprendre, à nous de trouver comment, avec qui, avec quoi…
    Et c’est là que peut intervenir le matériel pédagogique (Montessori ou non) , bien rangé, organisé : « tout est en ordre ».C’est ce que je fais en partie dans ma classe. Selon le moment de l’année je sors tel ou tel matériel, il est rangé, je veille à ce qu’il soit respecté (donc je « veille au bien ») mais…aux enfants de l’explorer, d’expérimenter, d’échanger entre eux, d’y mettre des mots, d’observer…je ne considère donc pas qu’il y ait disparition de l’esprit critique à tous les niveaux.
    C’est aussi grâce à ce matériel qu’on fait et que donc on apprend. « L’ordre matériel n’est pas forcément l’ordre d’une journée ». Tout à fait d’accord et combien de fois j’ai bouleversé l’emploi du temps de la journée ! Mais en maternelle le matériel est indispensable, la manipulation…mais très rarement je donne le « mode d’emploi » ; à eux de trouver, seuls ou à plusieurs.
    Tu dis que l’enseignant n’est pas garant de la morale, du Bien et bien moi je trouve que si. Pas le seul et l’unique de la classe : les enfants par les règles établies ensemble y contribuent mais l’enseignant se doit de veiller à ce que la morale et les biens soient respectés.
    Je pense que dans une classe l’ordre est nécessaire, parfois le silence aussi (ou des îlots de silence) et que pour autant la vie , le tâtonnement, la curiosité, la réflexion peuvent en faire partie : on les organise dans des coins de la classe, de l’école et chacun peut s’y retrouver…

    Je pense sincèrement être une enseignante bienveillante : j’accompagne mes élèves au mieux (et leurs parents parfois) tout en les poussant à l’émancipation : découverte du matériel par expérimentation, échanges entre eux, exploitation de la vie extérieure, coopération, communication…Donc peut-être pas des termes si antinomique que ça…

    Quant aux élèves issus de la pédagogie Freinet qui sont émancipés au collège, pas franchement d’accord non plus : ils peuvent tomber de très haut car on peut se charger de les faire taire et ça fait mal, mais ceci est une autre histoire.

    Cécile

    J'aime

    • Bonjour Cécile

      Merci de ce long commentaire très intéressant au niveau de l’échange.
      Je me doutais que ce type d’article pouvait susciter une incompréhension. Il s’agit bien d’une analyse pédagogique et non d’un jugement sur les personnes.
      J’ai cherché à confronter deux attitudes pédagogiques : celle de l’émancipation qui prend pour base l’expression de l’élève, ses choix , ses tâtonnements et son indépendance dans la construction des savoirs et celle de la dépendance de l’élève par rapport à l’enseignant qui détermine le chemin, la forme d’accès et la norme dans la construction des savoirs, y compris la morale .
      L’enseignant qui détient tous les paramètres de la situation d’apprentissage détermine alors un comportement d’attente de l’élève qui se sentira validé par la réponse de l’enseignant et non par celle d’avoir construit par lui même.
      Il me semble que cela ne peut pas donner les mêmes résultats.
      La « bienveillance » est un terme connoté au niveau pédagogique , comme je l’avais écrit. Il ne s’agit pas de gentillesse ou de patience, comme cela peut être le cas dans le langage commun.Il s’agit d’une attitude qui valide la norme , le résultat d’une action, et qui la juge . C’est à ce titre que je pense que l’indépendance de l’élève ne peut plus se construire dans l’émancipation.
      Alors bien sur les choses sont beaucoup plus difficiles à distinguer en maternelle quand les jeunes enfants ne sont pas encore prêts à réfléchir sur leurs actions et sur les résultats obtenus. Il est de fait que l’enseignant de maternelle se situe beaucoup plus en proximité et qu’il accompagne au plus près de façon à garantir la sécurité à tous les niveaux.
      Cependant c’est sans doute dans le vocabulaire utilisé et dans les mises en relation qui sont énoncées que se peut se situer la différence d’attitude pédagogique.
      Renvoyer l’interdiction au bien ou au mal chez un jeune enfant ne sert souvent à rien sinon à le renvoyer à la peur de bien ou mal faire. Il n’a pas encore construit de conscience morale.Si l’enseignant lui dit : non ce n’est pas bien , tu ne dois pas faire ça, il va intérioriser l’interdit par une position d’obéissance à l’adulte.
      On peut lui montrer en quoi son action a produit un résultat négatif, une gêne à autrui, pour qu’il prenne conscience que son action provoque des conséquences et que s’il la répète à l’identique les conséquences vont se reproduire. C’est une attitude différente , qui ne renvoie plus à la peur, ou à l’adulte, mais à l’action elle même et à la responsabilité de celui qui l’a réalisée.
      L’enfant apprend alors, petit à petit, à devenir autonome parce qu’il pourra évaluer tout seul les conséquences de ses actions.
      La notion de réparation intervient aussi pour déterminer en quoi les conséquences sont ou non réparables , en quoi la situation peut, ou non, être améliorée par une autre forme d’action.
      Il ne s’agit donc plus d’une norme qui se construit sur la « bienveillance » de l’adulte mais sur la responsabilité de l’enfant . C’est à ce titre que j’ai cherché à distinguer d’une part la posture de l’enseignant et d’autre part le rapport au savoir qui en découle.
      Je le répète, je suis tout à fait consciente du fait de la difficulté particulière de cette position en maternelle, où il faut souvent réagir vite, mais il me semble qu’elle permet vraiment une autre forme de construction pour l’élève.Elle lui permet de se construire en lien avec ses actions et ses camarades parce qu’il comprend petit à petit qu’il est le même que l’autre et que ses actions sont identiques à celles des autres, aussi bien au niveau de leurs causes que de leurs conséquences. Il fait donc partie d’un tout, de la classe et chacun peut y trouver une place quand il respecte celle de l’autre parce que l’enseignant accepte le tâtonnement et qu’il favorise la responsabilité pour garantir le respect du à chacun.
      J’espère que cette réponse pourra éclairer mon propos , Cécile, et surtout qu’elle mettra à jour le respect que je porte à chaque enseignant qui fait chaque jour au mieux, comme il peut !
      Bonnes vacances
      Françoise

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