Comment fait-on pour « Partir des enfants  » ?

Partir de l’Enfant

Cet article complète, de mon point de vue, l’article précédent : Je ne crois plus à l’expression libre !

Il questionne la signification que l’on peut accorder à l’expression : Partir des enfants.

Cette signification est abordée du côté de l’Élève, du Savoir  et du coté de l’Enseignant.  Il est dommage que la Formation des Enseignants ne prenne  pas en compte ces axes de réflexion …

Des situations individuelles et collectives sont ensuite évoquées et interrogées.

La conclusion recentre sur l’autorité de « naturelle » de l’enseignant et la recherche de sens.

J’ai commencé à aborder cette question dans un paragraphe de l’article précédent : Je ne crois plus à l’expression libre !

Comme je l’ai dit on me pose souvent la question : Comment faire pour Partir des Enfants ?

Partir des enfants c’est un des axes essentiels qui distingue la pédagogie Freinet des autres formes de pédagogie.

Dans l’article précédent, je traitais de la place de l’Expression. Permettre toutes les formes d’expression offre  la possibilité de partir des enfants. Il reste à trouver comment cette expression peut construire des apprentissages et du commun…

Je vais ici questionner le rapport au Savoir que les enseignants peuvent construire en « partant des enfants ».

« Partir de l’enfant » : plusieurs significations

Cette expression peut paraitre un peu curieuse. Qui va partir ? Et pour aller où ?

« Qui va partir ? » est une première interrogation à poser car on peut aussi bien y répondre l’Enseignant que le Savoir.

Si c’est l’Enseignant qui part… , il est peut être intéressant de se demander si c’est bien lui qui doit partir … Si c’est bien l’enseignant qui part de l’enfant ,on peut se poser la question de savoir comment il part et de quelle part de l’enfant il part …

Si c’est le Savoir qui part de l’enfant , la signification est toute autre. Il s’agit alors vraisemblablement de considérer que le Savoir d’où l’on part, qui reste à définir,  sert d’appui, de base,  pour aller plus loin.

On peut donc prendre en compte ces paramètres pour essayer d’affiner et de préciser les choses sur le Qui part ?….

Le « Pour aller où ? » recevra des pistes de réflexion dans le paragraphe qui traitera plus bas des situations.

1 – Partir … de l’Enfant. De quel enfant s’agit-il ?

Cela peut être abordé suivant ce que l’on prend en compte : l’élève, l’enfant , le particulier, le général…

Partir de ce qu’il est :

-Partir de la personne de l’enfant : son histoire, son profil psychologique.

-Partir du développement de l’enfant : son âge, sa capacité de mise en relation et de compréhension.

-Partir de l’élève : son profil cognitif, son expérience de l’école , son adhésion au projet scolaire.

Partir de ce qu’il fait :

-Ce qu’il dit de … : ce qu’il sait ou croit savoir : les éléments qu’il prend en compte et comment il les relie ; sa façon de raisonner ; ce à quoi il attache beaucoup d’importance ou non.

-Ce qu’il apporte : des centres d’intérêt, des objets, des particularités.

-Ce qu’il construit, crée : dans certains domaines, d’une certaine façon.

-Ce qu’il vit avec les autres : ses copains, sa façon de vivre dans le groupe, l’entraide.

L’enfant est bien au cœur de la situation de départ et il est important de prendre en compte tous ces paramètres.

Observer, écouter, permettre que l’autonomie de choix soit possible , que la relation à l’autre soit libre, offrent la possibilité de connaitre les enfants et de voir comment ils fonctionnent.

Quand on se positionne du côté de l’enfant, cela apporte richesses et ouverture mais il faut pouvoir relier ces dimensions avec celle du « départ »…

2 – Partir du côté du Savoir ?

De quel Savoir de l’enfant partir ?

-S’agit-il d’une croyance, d’une connaissance, d’un savoir-faire, d’un savoir être, d’une compétence ?

-S’agit-il d’un élément de discours qui donne à entendre ce qui est pris en compte, l’importance qui est accordée et comment ?

-S’agit-il d’une action ? S’agit-il de la reproduction de quelque chose ou d’une création ?

-S’agit-il d’un savoir qui met à jour une notion, la capacité de raisonner ou de comprendre ?

-S’agit-il d’un savoir isolé ou en lien avec… , de quelque chose que l’élève pourra , ou non, transférer ?

Quand on se questionne du côté du Savoir il faut pouvoir prendre en compte aussi bien l’enfant que le Savoir car c’est le rapport entre les deux qui va déterminer la portion de Savoir qui peut , ou non, être accessible ou pertinente.

3 – Comment l’Enseignant peut-il partir ?

Cela signifie souvent se questionner sur des conditions qui rendent la situation possible pour partir de…

Cela relève d’une posture particulière que l’Enseignant doit choisir. Si l’Enseignant n’est pas situé dans cette posture particulière, il ne peut pas partir de l’enfant.

Cette posture est complexe et comporte des axes de compétences très différentes :

  • Accepter de ne pas avoir toujours la maitrise de la situation.
  • Offrir des temps d’expression, des temps d’échanges , des situations de choix, de proposition, de régulation sur la base des propositions des enfants.
  • S’appuyer sur la maitrise des éléments du Programme. Faire des choix sur l’Essentiel.
  • Connaitre les Notions essentielles dans chaque domaine, à chaque niveau, et pouvoir les visiter toute l’année de façon spiralaire dans toutes les situations.

Des difficultés possibles :

  • Ne pas maitriser le bruit, les déplacements, l’agitation et donc avoir le sentiment de ne plus maitriser le groupe classe.

Importance de l’explicitation de la situation avec les élèves ; de la maitrise du temps, de la mise en place systématique d’un Bilan et de règles de fonctionnement construites par les élèves.

  • Ne pas maitriser le rapport au savoir.

Ne pas savoir à l’avance ce qui va être dit ou fait : quelle anticipation possible pour rebondir ?

Ne pas savoir si ce qui va se passer sera accessible et pertinent pour tous. Cela suppose une connaissance du développement de l’Enfant et de chaque élève…

Cela suppose aussi une connaissance de tout ce qui compose et organise chaque notion du Programme.

  • Ne pas savoir sir les apprentissages sont en lien avec le Programme.

Cela suppose de faire le tri : qu’est-ce qui est essentiel, pertinent, accessible ?

Et donc des questions se posent : qu’est-ce qu’on va favoriser ou remettre à plus tard, ou laisser tomber… ?

Des notions principales en maternelle

Des notions principales du CP au CM

  • Ne pas connaitre un panel de situations à proposer , qui favorisent à la fois le développement de l’expression et des apprentissages.

Un vrai choix d’enseignant

On ne peut pas obliger un enseignant à « partir des enfants. »

On peut par contre le former à comprendre pourquoi et comment cela change le rapport à l’apprentissage pour les élèves , lui faire visiter quelles en sont les contraintes et pourquoi cela présente vraiment de l’ intérêt.

Des compétences émotionnelles …

Je viens de terminer la lecture du livre de Catherine Guéguen : Heureux d’apprendre à l’école. Comment les neurosciences affectives et sociales peuvent changer l’éducation.

Ce livre traite des compétences sociales et affectives : «  Les relations sont au cœur de nos vies. »

Il traite de l’importance de l’empathie et du fait que « l’enfant a besoin de relations soutenantes pour se développer de façon optimale . »

Il situe pour beaucoup l’enfant et  l’élève. J’ai choisi de citer ici ce qui relève plutôt de l’enseignant.

«  Le mode de relation enseignant-élève va influer  fortement sur l’enfant et sur son devenir d’élève ».

Il y est aussi noté : «  Les effets retentissent sur l’enseignant lui-même qui est satisfait de son travail »

Dans le chapitre 8, il est traité du fait qu’un enseignant empathique est un enseignant qui se sent plus compétent.

J’aurais tendance, comme souvent il est vrai …,  à renverser ce prédicat pour situer l’effet comme étant la cause !

De mon point de vue, c’est quand il se sent compétent qu’un enseignant peut développer son empathie…

Quelle que soient les compétences émotionnelles de l’enseignant , il lui est difficile de les utiliser à bon escient quand il ne se sent pas capable de gérer le groupe ou qu’il a l’impression de ne pas savoir rebondir sur ce que disent ou font les enfants.

Une Formation…

Être enseignant suppose d’acquérir un certain nombre de connaissances que malheureusement la Formation a oubliées…

Le Développement de la pensée de l’Enfant n’est plus enseigné, avec ce que cela suppose d’effets sur le choix des pratiques pédagogiques. Les enfants de 3, 5, 8 ou 10 ans ne prennent pas en compte le Savoir de la même façon et ne possèdent  pas les mêmes capacités de raisonnement. On ne peut donc pas leur demander de réaliser les mêmes tâches. C’est pourtant bien ce qui se passe souvent…

Voir les Affiches sur le développement de l’enfant par niveau

Les connaissances didactiques sont abordée uniquement sur le mode de l’information ; elles sont situées chronologiquement  et ne sont pas perçues comme spiralaires, à mettre en lien avec le développement de la pensée et le mode d’accès de chacun. Elles sont situées chronologiquement et ordonnées par une « progression » définie. Ce qui gêne souvent le développement de la pensée des élèves.

La notion de Tâtonnement Expérimental ne se situe souvent que dans le fait d’avoir le droit d’essayer et non pas comme étant le moteur d’une volonté, d’un accès et d’un rythme différencié.

L’enseignement de l’apprentissage de la lecture, par exemple,  est typiquement basé sur une progression ordonnée et  commune à tous : aujourd’hui on va faire le OU ! Et bien sûr on va l’entendre d’abord ; sans chercher à savoir s’’il s’écrit comme on le dit… L’enseignant ne part pas de l’enfant mais d’un présupposé sur le rapport au Savoir qu’il ne questionne pas puisqu’il est préconisé de partir du plus simple au plus complexe, de l’écoute du son à la recherche d’indices…

Bref, l’enseignant n’est pas formé à questionner ce qui fonde sa pratique, à connaitre les tenants et les aboutissants des recherches sur l’apprentissage de la lecture et il ne connait pas les différences qui fondent les théories sur cet apprentissage. Alors cet enseignant sera peut-être empathique, et donc moins dommageable sur le rapport à l’erreur , mais l’estime de soi de l’élève sera-telle présente quand cet élève ne pourra pas mettre de sens à sa recherche ?

L’estime de soi de l’enseignant est, elle aussi, mise à mal quand il dit « qu’il se rend compte qu’il ‘y arrive pas. » Il a portant pris beaucoup de temps à rédiger sa préparation, avec empathie …

Une nécessité ?

Partir des enfants demande un lâcher prise sur la gestion des apprentissages. Il est compréhensible que cela puisse faire peur. Mais c’est le seul moyen pour que l’enfant puisse « arriver à partir » et « arriver quelque part »… , même si on ne sait pas où !

Parce qu’en fait c’est peut-être bien l’enfant qui doit partir !!

Partir de là où il est, partir de ce qu’il sait pour arriver ailleurs, ailleurs où l’enseignant pourrait se trouver, déjà …

C’est cet ailleurs, ce « où » qu’on peut travailler :

  • le didactique : ce qui est essentiel et en lien avec  le développement de l’enfant,
  • les situations d’accès qui permettent de constater « où » chacun en est : le Débat, le Bilan, la Synthèse… pour construire une évaluation au quotidien qui permet de rebondir et de continuer à faire avancer les enfants au plus près.

Autant de situations qui ne sont pas abordées par la Formation, qui questionne le didactique et l’évaluation en fonction du Programme mais pas en fonction de l’enfant, cet enfant qui devient alors une sorte d’élève qui ne peut pas partir mais suivre…..

Des situations pour « partir de l’enfant »

1 – Le rapport au temps

La première des conditions d’exercice de ce métier est sans doute de pouvoir gérer un rapport au temps qui situe le Savoir comme étant un espace d’organisation et d’ouverture . La définition de ce temps,réalisée avec les élèves, permet que le rapport au savoir se déroule à en spirale et à l’infini et que tous les domaines soient abordés.

Construire un emploi du temps

Affiche : emploi du temps

Une heure fait toujours 60 minutes …

Le temps de la journée est donc divisé en fonction des domaines dans le Programme : une heure de maths ou de français ; mais le contenu varie en fonction des projets .

Le Journal : c’est du français. Lire avec des livres sur le monde , c’est de la Connaissance du Vivant. S’organiser et calculer pour voir le temps qu’on va mettre pour aller voir les animaux au Parc de Branféré, ce sont des maths ; mais cette sortie  peut aussi se situer dans la Connaissance du Vivant quand on prend en compte les espèces vivantes de tous poils !

Il n’y a pas un objectif notionnel précis à atteindre à chaque séance.

Il y a des notions essentielles à questionner sous tous les angles et qui le seront différemment par chacun, même si la situation est apparemment la même pour tous.

L’évaluation, et non le contrôle de …,  ne peut donc pas être portée de la même façon.

Chaque séance apporte des compléments d’information sur le rapport à ces notions, entretenu par chaque élève. Cette évaluation sera complétée au fur et à mesure des séances et des progrès constatés dans l’action et dans le discours.

2 – Le rapport entre le Développement de la Pensée de l’Enfant

et le Savoir

Le rapport au savoir se déroule dans le temps , en fonction des projets dans des domaines particuliers. Il est raccordé au développement de la pensée de l’enfant.

Quand les élèves ont  pris en référence :

Lui  : tel élément de vocabulaire.  L’autre : un élément essentiel qui fait partie de la notion.

Celui-ci précise, celui-là raccorde à… , et celui- là peut donner un point de vue .

Et donc …

Le premier possède tels éléments d’information sur telles connaissance. Il ne les raccorde pas encore.

Le deuxième fait telle relation, il a compris que …

Le troisième a compris comment s’organise la notion ou telle partie de la notion.

Chaque notion va être complétée par chacun parce qu’elle sera de nouveau abordée à un autre moment puisqu’on va la retrouver ; elle est essentielle !

Il peut s’agir de :

-l’addition, la dizaine, la proportion,

-le sens de la phrase, l’adjectif, le pluriel,

-le G qui se lit et s’écrit GUI ou GI, la règle sur le M avant le B ou le P,

-l’importance de la lumière dans la photosynthèse, de la graine dans la reproduction des plantes,

-la relation entre le climat et l’alimentation, etc …

Il s’agit donc de trouver des situations qui permettent de partir de l’enfant tout en respectant le Programme ! Des situations « d’expression libre » qui vont permettre de construire le lien avec une expression scolaire, une porte d’accès vers un apprentissage.

3 – Des situations qui peuvent être construites et conduites

de deux façons :

-Des situations qui partent de l’enfant de façon individuelle. Ces situations favorisent une expression libre qui exprime un apport de l’enfant pour arriver à un rapport au Savoir.

-Des situations ciblées collectives qui permettent à chacun de situer librement une expression libre au niveau des savoirs qui relèvent  de cette situation .

Des situations individuelles :

les Créations, les Présentations.

Partir de l’enfant suppose d’accepter des propositions d’expression libre .

Cela ne signifie pas accepter n’importe quoi, dans n’importe quel  temps et dans n’importe quelle situation. La liberté d’expression dans une classe est organisée dans le temps et par rapport au groupe.

Les propositions d’expression libre se situent dans des temps ritualisés qui donnent un cadre aux différentes formes d’expression.

Elles sont à la fois libres parce qu’elles relèvent des intérêts , du choix et des capacités des enfants mais elles  sont aussi  limitées par un cadre de fonctionnement de la situation de présentation : intérêt de cette présentation pour les autres, règles de parole , de questionnement, temps imparti.

Il s’agit d’une situation de volontariat pour celui qui présente. Cette situation peut être aussi basée sur le volontariat pour les autres, ou non…

Quels  apprentissages possibles ?

La présentation d’objets apportés de l’extérieur situe  leur provenance, la justification de leur intérêt. Des liens de causes à effets sont nécessaires et construiront la richesse et la cohérence du discours .

La présentation d’objets construits en classe situe des mesures, une fonction, l’organisation des étapes, l’explicitation de l’intention.

La Création Mathématique relève d’une situation particulière parce qu’elle donne à voir quelque chose dont le sens reste à construire. Le sens peut donc rester obscur ou inaccessible pour certains si l’enseignant ne crée pas des ponts entre ce que dit l’auteur et ce que les autres peuvent en comprendre .

La Présentation de Lecture peut expliciter la justification du choix, l’intérêt du livre, la présentation de l’auteur, la capacité à résumer , la qualité de la lecture .

Le Texte libre situe la mise en cohérence, les registres de l’écrit, la maitrise des règles d’orthographe et de conjugaison.

Le Plan de Travail , quand il est construit avec l’élève, relève d’une situation d’adhésion individuelle et peut offrir une expression libre sur le rapport au savoir et sur l’adhésion au projet scolaire. Ce plan de travail, construit par et avec l’élève, peut donner sens à la possibilité de prise de conscience de ce qui a été vécu, fait, compris. Cela peut permettre à l’élève de se projeter  librement et de choisir la nécessité d’une situation, d’une aide ou d’un entrainement.

Une évaluation des discours pour reconnaitre les éléments de Savoir pertinents

Ces situations d’expression et de choix permettent de constater

-l’intérêt de celui qui présente pour …

-l’importance qu’il accorde à… ,

ce qui se constate dans le choix de l’objet et dans le langage qui sera utilisé pour le présenter. Des éléments de connaissance seront présents dans les domaines concernés.

 Une grille d’analyse du langage

La liberté de l’expression se situe alors dans le choix, l’intention, l’adhésion à la possibilité de participer à un temps scolaire et à un groupe qui reconnait ce qui est présenté.

Cette possibilité d’existence et de reconnaissance dans le groupe fonde souvent l’entraide, la coopération et elle offre un rapport au Savoir basé sur la pensée complexe. Le rapport au questionnement ouvre sur la différence d’accès, sur la construction de points de vue et il alimente un esprit critique positif.

C’est parce que cette expression libre existe que l’élève peut construire petit à petit des liens entre ce qu’il est , ce qu’il vit, ce qui l’intéresse, et les autres qui vont nourrir de leur différence ce que sa présentation aura alimenté.

Des situations collectives :

un domaine et un cadre déterminé

Dans ces situations proposées par l’enseignant , un cadre de fonctionnement détermine des connaissances  dans un domaine ciblé qui permet de tourner autour de notions essentielles. Des temps sont prévus et ritualisés.

Des règles de fonctionnement organisent la situation à chaque séance et peuvent remettre en question les paramètres. Ces choix font évoluer le rapport au savoir.

Partir des enfants signifie alors partir des élèves, de ce qu’ils proposent dans un domaine déterminé.

Les élèves ont la possibilité de choix et de décision sur les règles qui font évoluer la situation.

Ils ont aussi la possibilité de faire évoluer les paramètres didactiques quand ils font le lien entre les savoirs et les règles d’organisation.

L’expression libre est cette fois d’une autre nature. Il ne s’agit plus d’un contenu initial apporté par l’enfant. Il s’agit d’offrir aux élèves la possibilité d’agir sur les apprentissages et sur la situation pour la faire évoluer.

C’est donc le rapport au Savoir qui est mis en jeu et c’est parfois le plus difficile à vivre pour l’Enseignant  …

Le Marché :

Un Jeu-Travail en mathématique : le Marché

Il permet de travailler tous les accès possibles à la construction de la suite numérique, au sens des opérations . Il permet de donner sens  de façon concrète à la notion de Valeur et donc de construire un rapport signifiant à l’Unité, à la Dizainet etc…

Il offre aussi la possibilité de relier la situation concrète à la mise en lien plus formels dans les discours pendant les temps de Bilans .

Le cahier du Marché sera le support d’une écriture signifiante qui relie le dessin, la trace du tâtonnement et l’écriture pertinente des signes et des mécanismes opératoires.

Le marché  peut aussi servir de projet moteur à la création de toutes sortes d’objets et donc  offrir la nécessité de mesures , de proportions, tableaux, schémas etc…

Les colliers pour…

Cette situation est intéressante plus particulièrement en maternelle et en CP ou CE1.

Elle permet de construire la pertinence et la conservation du cardinal des premiers nombres.

Elle relie le support concret , le vocabulaire mathématique et les premières mises en relation mathématiques : +, -, autant, assez, trop etc…

Le dessin du collier offre la possibilité de relier le concret , la succession, l’alternance , les premières organisations du nombre sur des paramètres différents ; couleur, forme, taille, position.

En CP et CE cela peut permettre de donner sens au lien entre la dizaine visible en tant que Tout et en tant que nouvelle unité de référence.

 Avec des livres sur la nature ou les autres pays

Cette situation donne sens à un vrai questionnement des élèves sur le cycle du vivant, sur la connaissance des espèces, en lien avec les milieux et les biotopes.

Toutes les conditions peuvent être questionnées et mise en lien. L’expression des élèves y est particulièrement riche, ouverte et les notions principales sont forcément abordées.

Le fait de pouvoir revoir les mêmes livres permet aussi bien d’alimenter le questionnement sur une notion que de relier des notions qui vont compléter la connaissance du Vivant au sens large.

Cette situation permet à l’enseignant de pouvoir anticiper sur ce qui peut éventuellement être abordé à un moment donné puisque c’est lui qui choisit les livres et alimente les bacs de lecture. Il peut bien sûr le faire avec les enfants en fonction des questionnements et des besoins et relier ce qui est exprimé à une recherche ciblée sur Internet…

La Connaissance du monde en photos: le cycle de la vie

A propos de la connaissance du monde: Bibliographie

Le choix de textes

Le choix de texte permet de resserrer le questionnement sur l’écrit à partir des textes libres. Des paramètres ou règles de choix détermineront comment est choisi le texte et sur quels critères.

Prendre en compte la cohérence du texte, son intérêt pour la parution dans le journal à envoyer aux correspondants, le questionner, l’enrichir, le compléter , corriger des temps, des expressions, tout est possible , suivant ce qui est décidé… Tous les apprentissages notionnels et structurels de l’écrit peuvent être visités.

Le Journal à envoyer aux correspondants

C’est encore une situation ritualisée, source d’apprentissages de toutes sortes,qui permet à la fois l’expression libre, la participation et la coopération . L’intérêt de ce projet est évident et les apprentissages aussi puisque toutes les traces d’expression peuvent y prendre place, suivant les choix du groupe.

Les sorties et projets sont clairement explicités en lien avec des apprentissages possibles. Ils peuvent partir de la proposition d’un enfant ,de plusieurs enfants , de l’enseignant. Peu importe . Si le groupe y trouve de l’intérêt , que cela répond à un besoin et que des apprentissages explicites sont possibles …

Le Journal scolaire aujourd’hui

Des temps de philo

Ces temps d’expression très particulière permettent de relier l’humain au niveau de la personne de chacun avec l’universel et l’humain en général.

Il est important d’expliciter très précisément qu’il sera abordé un thème, une question mais pas une personne.

Cette nécessité de la prise de distance est essentielle pour que chacun puisse construire une expression non pas neutre mais qui ne porte pas préjudice à quelqu’un. C’est un temps d’expression qui apprend à partir du particulier pour construire du général…

Cette forme d’expression libre devient très contrôlée par son auteur qui apprend à préciser sa pensée, à choisir ses mots, avant de prendre la parole.

Le Conseil

Je suppose que chacun sait que cette forme d’expression permet de construire la participation démocratique, la parole de décision sur la base de l’écoute de tous. Cette expression libre au niveau individuel est forcément limitée par le principe de réalité au niveau des propositions sur les projets de classe .

Elle est aussi limitée par la nécessité d’écouter et de prendre l’autre en compte. Cette  liberté de l’expression permet de partir de chacun pour construire du commun.

Le Conseil

La Participation Démocratique

Des apprentissages ciblés et une grille d’évaluation des connaissances qui peut être anticipée

Ces situations d’expression et de choix à l’intérieur d’un cadre et d’un domaine spécifique permettent de constater l’intérêt de ce lui qui présente pour … l’importance qu’il accorde à… Cela se constate dans le langage qui sera utilisé lors de la situation d’organisation en début de séance et lors du Bilan en fin de séance.

Des éléments de connaissance seront présents dans les domaines concernés et cela permet à l’enseignant de pouvoir anticiper. C’est à partir de la prise en compte des notions essentielles et de l’évolution des paramètres d’organisation que l’enseignant pourra rebondir ou faire rebondir la situation à partir de ce que les enfants auront exprimé à chaque séance.

Il peut aussi construire dès le début de l’année une grille de constats et de critères possibles , qui sera cochée pour chaque élève au fur et à mesure de ce qui sera dit ou fait .

L’Expression libre de l’élève fondatrice d’une

« autorité naturelle » de l’Enseignant …

Quand l’enseignant possède les compétences didactiques en lien avec le Développement de la Pensée, il peut vivre sa classe avec, de mon point de vue, une assurance fondatrice « d’autorité naturelle ».

Quelle que soit la classe et quels que soient les élèves, il me semble que cette capacité particulière : partir de l’expression des élèves pour construire le rapport au savoir, permet de ne pas partir le matin en classe avec trop d’inquiétude , si on possède la capacité d’accepter un rapport positif au doute …

Cela permet de construire un vrai droit au tâtonnement expérimental des élèves, une vraie coopération.

Cela permet de supporter la pression des parents , des collègues , de l’Institution…

Parce que tout cela donne sens à ce métier si difficile parfois.

Une recherche de sens

 » Comment faire pour partir des enfants?  »  est une question fondatrice qui traduit une quête de sens pour les élèves comme pour l’enseignant.

L’enseignant qui se pose cette question vit mal son métier quand  » il part »  de supports et de consignes qui ne sont pas reliées aux élèves et qui ne font pas sens.

Je constate de plus en plus souvent chez les jeunes collègues que je rencontre cette quête de sens et cette difficulté à vivre un métier qui ne s’appuie pas sur le sens et sur le questionnement des élèves.

Une fois encore je ne prétends pas que ce soit facile. Mais si l’on accepte le droit au tâtonnement expérimental des élèves, on peut aussi accepter celui des enseignants…

Ils ne sont pas seuls. Les groupes de travail offrent cet espace et ce temps d’échange, de réflexion nécessaire pour continuer à avancer. Et il y a tant de richesses offertes sur le site de l’ICEM, sur les blogs des copains…

Une construction spiralaire…

Partir des enfants pour arriver à construire des savoirs communs qui relèvent des apprentissages présentés dans le Programme est possible.

On ne fait pas tout comme cela tout de suite. Cela se travaille tout au long de la carrière de l’enseignant, et même après…

Partir des enfants , permettre leur expression libre, ce n’est pas seulement permettre l’expression de leur personne mais,et peut-être surtout, permettre  la construction d’un rapport au savoir accompagné et l’expression de leur pensée. C’est cette possibilité qui leur donne l’envie et la possibilité d’exprimer plus et mieux .

Les enfants qui participent peu aux situations d’expression individuelle apprennent  petit à petit à trouver place, sens et reconnaissance dans les situations d’expression ciblées. Et c’est souvent ensuite qu’ils osent prendre la parole pour présenter ou dire dans les situations plus ouvertes.

Ce n’est pas le cas pour tous les enfants mais la possibilité de vivre les deux types de situations peut permettre une entrée dans l’expression de nature différente . Elle  alimente la possibilité » de l’aller-retour, d’une adhésion et d’une construction progressive et choisie, soit dans les temps d’expression individuelle, soit dans les temps qui ciblent le collectif dans un domaine déterminé.

Je ne crois plus à l’expression libre ai-je écrit précédemment …. mais je crois qu’il est indispensable de  » Partir des enfants  » ;  ou plus exactement de les laisser partir et non pas de les laisser suivre un Programme auquel ils n’adhèrent pas ou un Enseignant qui conduit des situations vides de sens.

Une fois encore il s’agit bien d’un choix, d’un engagement et d’une vision du rapport à l’apprentissage et de l’Ecole.

La pédagogie Freinet se construit dans l’échange de points de vue , dans l’échange et la coopération avec une visée émancipatrice basée sur de l’explicite, en lien avec la vie et l’éthique ….

Voir les liens de la Rubrique Pédagogie

Voir les articles de la Rubrique Lire- Ecrire 

Voir le contenu des valises par niveau PS au CM

Voir les Affiches de synthèse

Voir les liens de la Rubrique Développement de la Pensée

Voir les liens de la Rubrique Langage

Voir les liens de la Rubrique Mathématique

Voir les liens  de la Rubrique Connaissance du monde

J’en profite pour vous rappeler  la sortie d’un livre que nous avons écrit à 10 enseignants du groupe Freinet 44,  qui donne à voir nos parcours, nos questionnements, nos doutes et nos différences

Ce livre s’appelle: Ouvrons des pistes, itinéraire de 10 enseignants Freinet,  Edition du Centre du Travail.

Voir l’article: deux livres pour toi qui débutes en Pédagogie Freinet

Vous trouverez, dans la colonne de droite de ce blog, deux tableaux récapitulatifs de tous les articles du blog, rangés par rubriques, afin de vous donner une vision d’ensemble de ce qui est paru dans ce blog.

Si cet article vous a intéressé, n’hésitez pas à vous inscrire sur la News Letter dans la colonne de droite du blog pour recevoir une présentation des prochains articles. Vous pouvez aussi laisser un commentaire , poser des questions ou demander des renseignements. Bonne lecture…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s