L’uniforme à l’école

Cet article cherche à définir et à clarifier ce que cette expression peut signifier.

La notion d’uniforme est interrogée ainsi que celle de la volonté d’unifier la forme.

C’est ensuite le cas particulier de l’uniforme scolaire qui est questionné pour distinguer comment il peut être considéré par certains comme porteur d’égalité alors que d’autres le considèrent comme un élément de stigmatisation.

Ce vêtement particulier est aussi un objet esthétique et marchand…

Pour élargir le débat, c’est la notion de la prise en compte de la différence qui conclue cet article .

Porter un uniforme

L’uniforme est un signe extérieur de … De quel signe s’agit-il ?

Qui s’exprime ainsi et de quelle forme d’expression s’agit-il ?

Demander de porter un uniforme suppose la volonté d’unifier la forme.

On peut se questionner sur cette volonté d’unifier et sur cette forme…

Unifier la forme suppose de donner la priorité au fait de gommer les différences de chaque unité de forme distincte et de donner la même apparence à chacune. L’uniformisation donne alors à voir une collection d’éléments tous semblables.

Cela peut permettre de former un Tout dont les éléments distincts sont « neutralisés » par cette forme unique. Cela permet de construire une identité rattachée à ce Tout , et de se sentir appartenir à ce Tout en portant cette forme spécifique , reconnaissable sur la base de l’apparence, que prend cette forme, cet uni-forme :  les pompiers , les militaires d’infanterie, les paras, les scouts, les gendarmes.

L’uniforme est alors vécu comme un signe d’identité, un signe de reconnaissance. Il permet de dire : je suis fier d’appartenir au corps des pompiers, de porter l’uniforme de gendarme. Cet uniforme est un signe extérieur d’identité, de reconnaissance et d’apparat.

Il s’agit d’une adhésion de chaque personne qui, en portant cet uniforme, fait partie d’un ensemble dans lequel il se sent un élément nécessaire à l’intérieur et un élément reconnu à l’extérieur.

Pour d’autres, qui portent un vêtement semblable dans leur métier, le mot n’est pas le même parce que ce vêtement , cette forme , rattache l’identité à la nécessité de l’usage particulier de cette forme dans le métier. On parle alors de tenue ou de vêtement de travail : l’infirmière, le  médecin hospitalier… , le garagiste, le cuisinier . Le plus souvent ce vêtement de travail protège la personne d’un usage salissant. Ce fut aussi le cas pour l’enseignant qui portait une superbe blouse grise qui le protégeait des tâches d’encre et de la poussière de craie…

Il est à noter que les militaires par exemple possèdent un uniforme et une ou des tenues de travail qui varient suivant les situations d’usage.

Le vêtement ou la tenue de travail peut aussi relever d’une protection au niveau de la sécurité : gant, chaussures, lunettes.

On ne parle pas là d’uniforme . Il ne s’agit pas d’une adhésion nécessaire à une reconnaissance par le vêtement porté mais d’un vêtement conçu pour répondre à un besoin concret.

Cela peut être  vécu aussi par certains d’une manière identitaire.Ils rattachent alors leur appartenance à un corps de métier particulier et ils sont très fiers de leur tenue de travail devenue emblématique . On retrouve alors une composante identitaire et une adhésion totale à la fierté d’exercer le métier.

L’uniforme scolaire

La volonté d’uniforme pour les enfants ne relève pas de leur choix ou de leur adhésion parce que ce ne sont pas eux qui décident… Elle relève d’une volonté d’adultes qui organisent ce port de l’uniforme sur des bases qui leur sont propres. Elle n’est donc pas significatrice d’une expression et d’une appartenance volontaire. Mais elle peut le devenir…

Cette volonté de faire porter un vêtement spécifique qui recouvre les vêtements habituels peut relever aussi à l’école d’un souci de protection contre ce qui salit : il s’agit alors non pas d’un uniforme mais d’une blouse ou d’un tablier , comme cela se faisait au début du siècle dernier . Il y avait bien le souci de ne pas salir pour des raisons économiques.Les vêtements de l’époque étaient chers et peu nombreux. Il fallait donc les protéger des tâches d’encre ou de la boue dans la cour…

Certains en ont déduit que cela permettait de gommer les différences d’apparence et  ils en ont construit un argument d’égalité. Tous les enfants portent le même vêtement et cela permet de laisser penser qu’ils sont tous semblables.

Cet argument est forcément fallacieux parce qu’il ne relève pas de l’adhésion de ceux qui sont concernés et qu’il se heurte très souvent au principe de réalité.

D’une part l’uniforme, qui n’est plus alors un tablier…, n’est pas forcément taillé dans la même matière ou coupe pour chacun. Les tissus et tailleurs choisis témoigneront alors de la situation sociale des parents de ceux qui portent l’uniforme.

D’autre part, même si cela est le cas , il n’en reste pas moins que ce qui n’est pas l’uniforme reste visible : d’autres vêtements  ou accessoires. Et surtout reste présent, heureusement, ce qui relève de la personne : la voix, l’accent, la façon de se mouvoir ou de prendre la parole. C’est à dire la personne, avec sa différence…

Réduire l’égalité des enfants à une égalité d’apparence vestimentaire relève d’un fantasme malsain qui nie tout simplement la reconnaissance de la personne , sans parler du droit à la différence.

L’enfant doit-il cacher qui il est pour pouvoir appartenir au groupe ?

L’uniforme est un signe extérieur de … Pour certains les signes extérieurs sont à proscrire. Ce sont pourtant souvent les mêmes qui revendiquent  le port de l’uniforme à l’école….

L’uniforme de l’école

Il existe depuis longtemps dans certaines écoles.

Il s’agit alors d’un uniforme qui porte des axes de reconnaissance très spécifiquement identitaires : l’appartenance à un groupe spécifique, la distinction par rapport aux autres groupes.

On reconnait donc les élèves de l’école de… grâce à leur uniforme spécifique par sa forme, sa coupe, sa couleur et les éléments qui le composent : chapeau, costume, jupe, manteau, bottes, socquettes blanches etc …

Il s’agit bien de faire partie d’un tout particulier, d’un groupe  qui se distingue des autres.

Les écoles sont donc distinguées les unes des autres.

Les arguments d’identité et d’égalité ne peuvent s’exercer que pour ceux qui appartiennent à chaque école.

Chaque uniforme scolaire est distinct de par sa forme, sa couleur, sa coupe et il se distingue donc par sa qualité et par son cout. Fréquenter une école qui demande le port de l’uniforme suppose de pouvoir acheter cet uniforme qui, par nature, va distinguer la situation sociale des enfants et des élèves.

L’uniforme devient alors un élément de communautarisme et il peut devenir un élément de ségrégation sociale.

Pourquoi un uniforme ?

On ne peut donc pas tout mélanger  et il faut choisir la signification que l’on peut accorder à cet uniforme et les arguments qui peuvent porter à le revendiquer :

  • Un usage et la protection qu’on peut construire pour s’en protéger.
  • Une égalité qui s’exercerait  sur la base d’une apparence qui gommerait les différences d’aspects.
  • Une identité qui permettrait  l’appartenance à un groupe spécifique et distinct, et une reconnaissance particulière.

Le droit à la différence

Cette question de l’uniforme renvoie au traitement de la différence.

La différence est-elle porteuse de contrainte ou de richesse ?

Le semblable est connu et donc porteur de sécurité. On sait de quoi il est question. Ce qui unifie est sans doute plus facile à percevoir, à catégoriser. Ce n’est pas sans raison qu’à l’école on cherche dans la plupart des situations à trouver ou à reproduire le même…

La différence suppose une recherche, la construction d’autres repères. Elle s’appuie donc sur la complexité, sur la capacité à réaliser des choix et à construire un point de vue.

Si tout le monde porte le même vêtement à l’école, c’est sans doute plus facile de ne voir qu’un groupe d’élèves et de ne plus s’attarder sur la particularité de chaque enfant. Cela favorise une posture d’enseignant qui parle à un groupe… Une posture de Maitre qui sait et conduit le troupeau.

La question de l’uniforme renvoie aussi à la question de l’apparence

L’apparence est-elle significative de l’identité de la personne ? On touche ici à ce qui relève de l’exclusion par la peur. A ce qui relève de l’amalgame par une relation de premier degré, une association de premier abord : il porte cela donc il est …

La différence devient alors porteuse de non appartenance et d’exclusion.

Porter un uniforme à l’école

Un uniforme simplifie parfois la situation… Il permet de se reconnaitre, d’être reconnu. Pourquoi pas quand on peut en être fier ? Ce qui suppose qu’on ait choisi de le porter et qu’on sache la signification qui lui est accordée .

Mais y a –t-il nécessité de faire porter  un uniforme à l’école pour que les enfants se sentent reconnus comme élèves ?

Est- ce souhaitable que ce soit cet élément  d’apparence qui fonde le rapport au savoir et le rapport à l’autre ?

On pourrait imaginer que tous les enfants d’un même pays portent le même uniforme d’élève. Cela se passe ainsi dans certains pays mais j’ai cru comprendre que cela signifiait non pas l’égalité mais l’obligation et la soumission.

On est très loin de la participation démocratique…

L’apparence se distingue forcément parce que nous sommes tous différents. Elle est constitutive de la personne.

Elle se revendique très fortement chez les ados qui cherchent ainsi à construire leur identité. Ils cherchent ou à se distinguer : tatouage, coiffure, etc… ou à se ressembler : les mêmes baskets, couleurs ou marques de vêtements.

Vouloir agir sur l’apparence c’est vouloir agir sur la personne.

Construire l’émancipation suppose de laisser chacun choisir petit à petit qui il est et à quoi il ressemble.

Si un enfant choisit plus tard de porter un uniforme, n’est-il pas nécessaire et fondamental qu’il soit en capacité de savoir pourquoi il porte cet uniforme ?

Cela suppose que ce signe extérieur de… soit porteur d’une signification explicite à laquelle il désire vraiment adhérer. Ce qui sera possible si à l’école on lui a appris ce que signifie vraiment  le mot uniforme…

La pédagogie Freinet se construit dans l’échange de points de vue , dans l’échange et la coopération avec une visée émancipatrice basée sur de l’explicite, en lien avec la vie et l’éthique ….

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J’en profite pour vous rappeler  la sortie d’un livre que nous avons écrit à 10 enseignants du groupe Freinet 44,  qui donne à voir nos parcours, nos questionnements, nos doutes et nos différences

Ce livre s’appelle: Ouvrons des pistes, itinéraire de 10 enseignants Freinet,  Edition du Centre du Travail.

Voir l’article: deux livres pour toi qui débutes en Pédagogie Freinet

Vous trouverez, dans la colonne de droite de ce blog, deux tableaux récapitulatifs de tous les articles du blog, rangés par rubriques, afin de vous donner une vision d’ensemble de ce qui est paru dans ce blog.

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2 commentaires sur “L’uniforme à l’école

  1. De bonnes pistes de réflexion. Il me semble que tu aurais pu écrire aussi sur le rôle de l’uniforme comme permettant de créer le sentiment de groupe CONTRE. Appartenir à un groupe identifié (par l’uniforme) c’est aussi s’opposer à un autre groupe. On le sait, il est plus facile de rassembler CONTRE que POUR ( des idées, des projets, voire des personnes) Or le danger est là: Porter l’uniforme de l’école publique du village, c’est s’afficher contre l’uniforme de l’école privée et inversement. Porter l’uniforme de l’école privée X, c’est montrer qu’on n’est pas à l’école Z. Or, quand on voit le grand nombre d’enfants qui change d’école (privé / public par ex), on peut se demander comment ils peuvent vivre cette obligation de devoir afficher qu’il « retournent leur veste »

    J'aime

    • Bonjour Marie- Eve

      Merci de ce message .
      J’ai indiqué que ce port de l’uniforme à l’école pouvait conduire au communautarisme et à l’exclusion. Et qu’il distinguait les école les unes des autres.
      Il me semble que la volonté de se distinguer relève aussi bien du Pour que du Contre…
      Que les écoles soient distinguées les une des autres c’est de toute évidence source de danger potentiel et de discrimination.
      Je partage l’avis qu’on réunit plus facilement sur le Contre.
      Réunir sur le Pour suppose de pouvoir porter un projet clairement identifié…
      Merci encore pour cet échange car c’est quand même plus intéressant de ne pas rester située dans une situation d’expression qui ne rejoint pas la communication.
      Je sais que c’est souvent le cas sur les blogs mais c’est un  » uniforme  » qui ne me convient pas …
      Bon dimanche .
      Françoise 44

      J'aime

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